Recevoir un avis de vérification, ça remue. Surtout quand on est PME et qu’on n’a jamais vécu ça. La bonne nouvelle, c’est que dans 90% des cas, le contrôle ne tourne pas au cauchemar — à condition de bien le préparer.
L’avis de vérification, qu’est-ce que c’est
C’est un courrier de la DGI qui vous notifie l’intention de contrôler vos comptes. Il précise :
- Les exercices concernés (généralement les 4 derniers exercices non prescrits)
- Les impôts visés (IS, TVA, IR, ou les trois)
- La date du début du contrôle (au minimum 15 jours après la notification)
- Le nom de l’inspecteur en charge
- Le lieu du contrôle (sur place dans vos locaux ou sur pièces dans les bureaux DGI)
À partir de ce courrier, le compte à rebours démarre.
Les premières heures
D’abord, ne rien envoyer à la DGI sans réfléchir. Pas de réponse précipitée, pas d’engagement par téléphone.
Ensuite :
- Appeler votre comptable. Si vous n’en avez pas, c’est le moment d’en prendre un — un cabinet inscrit OEC habitué aux contrôles. À Tanger il y en a plusieurs sérieux.
- Récupérer toutes vos pièces des exercices visés : grand livre, balances, journaux, justificatifs (factures achats/ventes, relevés bancaires, contrats), bilans, déclarations TVA et IS déposées, attestations diverses.
- Identifier les zones sensibles. Demandes d’IS atypiques, baisses de marge inhabituelles, comptes courants d’associés très débiteurs, charges déductibles atypiques (voyages, restaurants, cadeaux), TVA récupérée sur des factures border-line.
- Préparer les justificatifs manquants. Si une charge importante n’a pas son justif, c’est le moment de le retrouver.
Les questions de l’inspecteur, classique
Ce qu’on voit revenir à chaque contrôle :
- “Pouvez-vous justifier ces honoraires de 80 000 DH versés à M. X ? Avez-vous le contrat, la nature des prestations, les livrables ?”
- “Cette facture fournisseur de 250 000 DH, j’ai du mal à voir le rapport avec votre activité. Vous l’expliquez comment ?”
- “Votre marge brute a chuté de 18% à 9% en N. Que s’est-il passé ?”
- “Le compte courant du gérant est créditeur de 1,2M DH. D’où vient cet argent ? Est-ce que les retraits sont justifiés ?”
- “Vos déclarations TVA collectent moins que ce que la balance comptable suggère. Comment expliquez-vous l’écart ?”
- “Sur cette opération avec votre maison-mère en France, où est la documentation prix de transfert ?”
Toutes ces questions ont des réponses légitimes. Mais sans préparation, on bafouille, on contredit ses propres déclarations, et on donne à l’inspecteur des angles d’attaque qu’il n’aurait pas trouvés seul.
La conduite pendant le contrôle
Soyez disponible mais pas servile. L’inspecteur a un travail à faire, vous aussi. Si vous avez d’autres rendez-vous, dites-le et reprogrammez. Pas la peine de bloquer toute votre journée à chaque visite.
Répondez seulement à ce qui est demandé. Pas de digressions sur d’autres sujets, pas de confidences sur vos relations avec un fournisseur. Tout ce que vous dites peut être utilisé.
Ne signez rien à chaud. Les procès-verbaux d’audition, les “attestations” diverses : toujours demander à les emporter pour relecture, et les retourner signés après vérification avec votre conseil.
Tenez un journal du contrôle. Date de chaque visite, sujets abordés, documents remis, demandes de l’inspecteur, vos réponses. Ça aidera énormément si on doit contester ensuite.
La phase de notification
Au bout de 6 mois (PME) ou 12 mois (grandes), l’inspecteur clôt sa vérification et vous notifie ses redressements. C’est un courrier qui liste, par exercice et par impôt, les sommes qu’il propose de redresser, avec les motifs.
À partir de cette notification, 30 jours pour répondre par écrit. Pas un jour de plus.
La réponse argumentée
C’est ici que ça se joue. Une bonne réponse :
- Reprend chaque chef de redressement, point par point
- Conteste sur le fond ou sur le formalisme quand c’est défendable
- Produit les justificatifs ignorés (ou retrouvés depuis)
- Cite la doctrine administrative (notes circulaires DGI), la jurisprudence
- Propose éventuellement des concessions sur les points indéfendables, en échange d’un abandon sur les contestables
Une mauvaise réponse, c’est : “non on n’est pas d’accord, c’est injuste”. Ça ne marche pas.
Les recours possibles
Si la DGI maintient les redressements :
- Recours hiérarchique auprès du DRI (Directeur Régional des Impôts) : 60 jours
- Commission paritaire (mixte DGI / contribuables) pour les questions de fait : 60 jours
- Tribunal administratif : ultime recours, 60 jours après décision défavorable
À chaque étape, une stratégie distincte. Pas la peine d’aller au tribunal sur un sujet qui se règle en commission.
Le coût d’un contrôle
Côté honoraires conseil, un contrôle bien défendu, c’est entre 15 000 et 60 000 DH HT pour une PME standard, selon les enjeux et la durée. Pour des redressements importants (>500K DH), on peut négocier une rémunération au résultat.
Côté redressements évités, on parle souvent de 10x ce qu’on facture. Sur des dossiers récents, on a évité 800K DH de redressement avec des honoraires de 40K. Pas mal.
Le meilleur conseil
Ne pas attendre l’avis de vérification pour s’en occuper. Un audit fiscal préventif tous les 2-3 ans (15-25K DH selon taille), c’est ce qui permet de détecter les anomalies avant la DGI et de les régulariser sans pénalités. La régularisation spontanée est toujours moins chère que la régularisation imposée.